..:: Interview de Piet Sielck d'IRON SAVIOR ::..

Réalisée le 12 mai 2004 - Hôtel Ibis Bastille -
Par Michael Duval


Quel cadeau d'anniversaire ! Roger ne pouvait pas mieux faire en m'offrant ce Monsieur ! Piet Sielck, plus connu pour son travail derrière les consoles de production (rappelez-vous SAXON, BLIND GUARDIAN !) qu'à la tête de son groupe, ce cousin issu de germain, venait dans la capitale pour promouvoir son dernier album " Battering Ram ". Trop heureux de rencontrer cette personne, c'est tout de même, bien embêté, que je me rendais au lieu du rendez-vous. Ben oui ! Je n'avais pas reçu l'album promo à temps !!! De quoi allions nous bien pouvoir discuter ! Ben, faute de dernier album, on peut dire que sa carrière est tout de même bien remplie ! Alors pourquoi ne pas en profiter ! A la fois charmant, jovial et bavard, notre discussion s'est avérée très riche et qu'est-ce que nous avons pu nous marrer ! Ils ont dû nous prendre pour des fous à l'hôtel !!!!


Tu as passé près de dix ans de ta vie à produire des albums (Saxon, Blind Guardian), puis, l'envie de créer ton propre projet est arrivé. En quelque sorte, IRON SAVIOR est ton bébé ! Peux-tu me parler de cette prise de décision ?


Piet Sielck : Oui, absolument ! J'ai effectivement travaillé avec Saxon et Blind Guardian, mais Grave Digger, que très peu. En fait, ma carrière de producteur, n'a réellement commencé qu'en 1989.
Ce que tu dis est l'entière vérité. IRON SAVIOR est mon bébé !!! La raison qui m'a poussé à créer IRON SAVIOR est que j'avais envie de changer, de faire autre chose. J'ai commencé par être ingénieur du son chez Sanctuary Records et à bosser avec différents groupes, mais la grosse pointure avec qui j'ai commencé était Blind Guardian. Au bout de deux ans, j'ai voulu évoluer. Le fait d'être en studio et de caresser l'idée de travailler derrière une console, me stimulait vraiment. C'est ainsi que d'ingénieur du son, je suis passé à producteur. Mais lorsque tu t'occupes d'une chose qui est inlassablement la même, pendant une longue période, tout cela devient rapidement restrictif et répétitif. Je compare souvent cette activité à celle d'un chauffeur de voiture. Le fait de conduire pendant des heures durant de longues années, tu tombes vite dans la routine et ça devient, de part le fait, lassant. J'étais arrivé à ce stade et un changement devait s'opérer. J'avais cette envie de me prouver à moi-même que je pouvais faire autre chose, que je pouvais créer ! J'avais besoin de montrer que je pouvais le faire et surtout faire de la musique de qualité en composant un album. Je suis alors retourné dans mon studio et je me suis dit : " Bon, maintenant, je dois essayer, je dois le faire ! " Et c'est comme ça que IRON SAVIOR vit le jour. Après, les évènements ont fait que les gens ont aimé la musique d'IRON SAVIOR et ont commencé à nous réclamer sur scène. Le seul petit bémol, c'est que pendant les deux premières années, les changements de musiciens, n'ont pas arrêté. Certains partaient, d'autres revenaient. Ca n'arrêtait pas d'entrer et de sortir, j'en étais même arrivé à me demander si nous allions pouvoir enregistrer le premier album ! (Rires) !
Puis, l'impossible se réalisa enfin (rires !). Par la suite, le départ des uns ou des autres, était plus dans la perspective d'une évolution musicale du groupe. Jusqu'au dernier album en date, " Condition Red ", le groupe n'arrivait pas à trouver ce feeling qui nous manquait tant. Mais avec ce dernier, la vapeur s'est inversée et nous avons commencé à trouver nos marques. Nous avons ressenti ce qui avait cruellement fait défaut jusque là. Aujourd'hui, avec le dernier album, " Battering Ram ", ce feeling est plus fort. Les morceaux sont plus intimistes, plus puissants et reflètent plus l'identité actuelle d'IRON SAVIOR.

IRON SAVIOR, c'est avant tout, l'histoire d'un vaisseau spatial qui arrive dans le système solaire et qui va se forger une vie à travers votre musique et les 5 albums du groupe. D'où t'est venue cette idée ? STAR TREK a bercé ton enfance ? Tu es le capitaine Kirk de l' Iron Savior Entreprise !

P.S. : (éclats de rire!) Yeah ! Je suis le capitaine Piet " Kirk " ! Excellent ta comparaison ! Mais en fait, ce n'est pas ça ! Je suis un grand fan de Science-fiction, j'adore ça et dès le premier album d'IRON SAVIOR, j'ai couché sur papier ce qu'il me passait par la tête et c'est comme ça que l'histoire est née. Une sorte d'album concept de métal science-fiction qui sur quatre chapitres, a formé une saga. Mais le petit dernier déroge à la règle. Lui, il n'est pas un album concept. Il était temps de stopper le voyage de notre vaisseau et de partir sur autre chose ! Seulement trois titres ont un rapport direct avec la saga, mais le reste est complètement indépendant de l'histoire. J'ai ressenti le besoin de changer mon fusil d'épaule et c'est ce que j'ai fait. Avec les précédents albums, le vocabulaire était très limité. A toujours parler de la même chose, tu fini par tourner en rond et tu fini par perdre toute crédibilité. Il était temps de retourner sur terre ! (Rires)! " Battering Ram " est différent ! Chaque titre est indépendant des autres. Tu peux les écouter dans n'importe quel ordre. Ce que je veux dire, en fait, c'est que chaque titre a sa propre identité. Mais ça, tu ne pourras t'en rendre compte que lorsque tu auras reçu, dans ta boite aux lettres, cet album promo !!! (Rires) !!!

Au départ, IRON SAVIOR, c'était 3 musiciens dont Kaï Hansen ! Pourquoi cette réunion entre deux ex-Helloween ?

P.S. : Oh, c'est très simple! Ce qu'il faut que tu saches, c'est que je n'ai jamais fait partie d'Helloween. Kaï et moi avons écrit pas mal de titres, mais lorsque le groupe a commencé à prendre forme, j'ai refusé de continuer. Cette vie me pompait toute mon énergie et il fallait que je stoppe l'hémorragie. Kaï a été surpris par ma décision, mai l'a respecté. Cette nouvelle aventure ne m'intéressait pas et j'ai préféré me retirer pour me lancer dans la production, comme tu le sais. En ce qui concerne IRON SAVIOR, Kaï est un ami depuis toujours et le fait de participer à cette entreprise, lui a plu autant qu'à moi. C'est comme ça que cela c'est fait ! Kaï a trouvé l'idée intéressante et le fait que je m'investisse de nouveau dans un projet musical lui faisait plaisir. Nous avons donc décidé de faire un bout de chemin ensemble et c'est ce que nous avons fait jusqu'à l'album " Dark Assault ".

Oui, mais ensuite, il décide de quitter le groupe ! Pourquoi cette décision ?

P.S. : Ce qui c'est passé, c'est que Kaï est un grand nom dans le milieu et le problème, c'est que pour tout le monde, IRON SAVIOR devenait l'ombre de Gamma Ray. Au départ, les gens disaient que nous avions une équipe de rêve, que IRON SAVIOR allait devenir un super groupe de heavy-metal et qu'avec des musiciens comme nous trois, nous allions casser la baraque. Seulement, il en a été autrement. Rapidement IRON SAVIOR s'est avéré être un groupe assez limité et avant de l'associer à beaucoup trop de choses qui ne lui correspondaient pas spécialement, Kaï a décidé de partir. Il voulait que le groupe reprenne ses marques et retrouve sa propre identité. Aujourd'hui, IRON SAVIOR est reconnu pour ce qu'il est réellement et non pas juste pour un groupe avec certaines personnes qui jouent dedans.

Sur " Dark Assault ", le line-up se composait de 6 musiciens, pour " Condition Red ", 5 et aujourd'hui, le vaisseau est piloté par seulement 4 musiciens. C'est un choix délibéré ou seulement l'évolution musicale du groupe ?

P.S : Bonne observation, (éclats de rires)! Et ceci jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un seul, (de nouveau, éclats de rires) ! Oui, tu as raison, mais c'est juste une question d'évolution et de progrès de la part du groupe. Sur " Dark Assault ", nous étions six parce qu'il y avait trois guitares. Puis ensuite est survenu le départ de Kaï. Sur " Condition Red " Nous avons pris une nouvelle orientation musicale avec beaucoup moins de claviers et beaucoup plus de guitares. Nous voulions devenir un vrai groupe de métal, avec des morceaux plus puissants, plus rentre-dedans. Des morceaux qui t'éclatent à la gueule, si tu vois ce que je veux dire. Avec " Battering Ram ", nous sommes arrivés à ce que nous voulions. Nous avons atteint notre but. Plus de claviers du tout. Que des guitares qui saignent avec de gros riffs tranchants. Un vrai groupe de heavy-metal qui frappe dur et fort.

Aujourd'hui, ta façon de composer est toujours la même, tu t'inspires toujours des même choses ?

P.S. : Je ne sais pas réellement, oui, peut-être ! Non, en fait, je pense que je compose de manière différente ! Lorsque j'étais plus jeune, nous ne possédions pas le même matériel qu'aujourd'hui, les choses étaient fatalement différentes. Nous prenions plutôt ça à la rigolade et le sérieux passait, comme nous le disons souvent, à la trappe ! Mais lorsque tu commences, tu penses beaucoup plus que tout ça n'est qu'un jeu et que cela n'a aucune autre directive, alors qu'en réalité, on s'aperçoit vite que l'envers du décors est tout autre (rires !). Mais tu sais que Kaï a suivi le même chemin et au fond de moi, je pense que beaucoup de musiciens sont passés par-là. Mais pour revenir directement à ta question, oui, ma manière d'approcher le travail de composition a changé. Aujourd'hui, j'attends plus le moment opportun pour prendre ma guitare et me mettre à composer. Lorsque je ressens quelques chose de fort, alors je prends mon instrument, je m'assois sur une chaise et je me laisse guider par le but qui m'a conduit à cette démarche. Je ne sais pas si tu arrives à comprendre ce que je voudrais t'expliquer, mais je ne sais pas trop comment le dire, en fait ! Pour " Battering Ram ", mon but étais de transporter une certaine puissance, une certaine énergie, qui à mes yeux, était nécessaire pour un groupe de heavy-metal, tu vois ! Et je pense y être arrivé. Oui, en fait, tout à changé (rires), ma vision des choses et ma manière de composer, de créer.

" Battering Ram " est un nouveau chapitre ! Mais de quoi est-il question, cette fois ?

P.S. : Oh, très simple !!! " Battering Ram " est un instrument du mal, énorme, qui sert essentiellement à défoncer les portes des châteaux pour nous permettre d'y rentrer par la force ! (Rires !). C'est vrai je plaisante, mais tu sais qu'en fait, c'est un très bon synonyme de cette énergie et de ce pouvoir que dégage cet album. Je voulais quelque chose de fort, de puissant qui écrase tout sur son passage. Et d'un autre côté, je conçois que ce soit un cliché stupide (rires) ! Néanmoins, " Battering Ram " semble en être une bonne métaphore !

Les sujets abordés dans cet album, sont-t-ils d'actualité ?

P.S. : Oui, absolument. Dans l'une des chanson, tu retrouveras le thème du terrorisme d'ailleurs ! Normalement, je ne parle pas de politique parce que j'estime qu'il y a des gens qui sont fait pour ça. Ce n'est pas à nous, musiciens de le faire ou de prendre position sur des sujets aussi délicats que celui-ci. Mais il est vrai, que là, j'ai fais une exception. Tu sais, tu te lèves le matin, tu en entends parler, dans la journée, les gens autour de toi, continuent d'en parler, tu te mets à lire un magazine, on en perle toujours et le soir quand tu rentres chez toi et que tu allumes la télé, ça recommence ! C'est gonflant et ce serait tout de même pas mal, si nous pouvions y remédier, non ! Donc, c'est pour ça que j'en parle, mais je pense que j'avais envie de vider mon sac, tout simplement (rires) ! A part, les attentats, les morts, les assassinats, l'armée et ses troupes qui partent en guerre que voyons-nous d'autre à la télé ? Si ce n'est pas le journal télévisé qui le fait, tu as Hollywood et ses grosses productions qui prennent allègrement le relais et là, je crois que j'ai senti monter en moi, une rage incroyable, une telle angoisse, qu'il fallait que ça pète. Nous avons toujours l'impression d'être impuissants, d'être de fatales victimes et qu'en plus, qu'il n'y ait rien à faire ! Ca va ! Réagissons, putain ! Ce sujet était une chose qui me tenait à cœur et j'avais besoin de dire ce que je pensais. Néanmoins, ça ne fait pas de l'album un album concept. C'est plus un album très personnel dans lequel on retrouve quelques descriptions de mes propres idées sur ce grand comte qu'est la vie. J'ai pensé qu'il n'y avait pas mieux que le heavy-metal pour permettre de véhiculer tous ses ressentiments. Puis le dernier morceau de l'album qui est très, très personnel, distille, l'actuelle vision, que j'ai, du heavy-metal ! Comme ça la boucle est bouclée et le chapitre est clos (rires) ! Je suis vraiment très heureux de cet album, j'en suis vraiment très fier.

Et quand comptes-tu nous rendre visite ?

P.S. : Je pense que nous viendrons en France au mois de novembre. Nous sommes justement en train d'en parler avec Roger et je pense que nous viendrons pour deux représentations. Une à Paris et une à Lyon. Que de nouvelles toutes fraîches à mettre sur ton site ! Mais c'est cool, tu es sympathique et j'aime les gens sympathiques. Par contre, n'oublie pas de demander à Roger ton CD promo. Je croise les doigts pour que tu le reçoives un jour (rires !)

 

 



 

 

..:: Line up ::..

Piet Sielck : (Guitars & Lead Vocals)

Joachim Küstner : (Guitars & Backing Vocals)

Yens Leonhardt : (Bass & Backing Vocals)

Thomas Nack : (Drums & Percussion)

 

..:: Releases ::..

Iron Savior : 1997 (LP)
Coming Home : 1998 (single)
Unification : 1998 (LP)
Interlude : 1999 (EP)
I've Been to Hell : 2000 (single)
Dark Assault : 2001 (LP)
Condition Red : 2002 (LP)
Battering Ram : 2004 (LP)