..:: INTERVIEW JORN LANDE ::..


réalisée le 29 Mai 2004 - Hôtel Ibis Caumartin -
Par Franck Leber



Nous avons rencontré JORN LANDE, notre chanteur préféré, n'ayons pas peur des mots. Le grand norvégien a répondu à nos questions avec beaucoup de verve et un talent fou.

 


Bonjour Jorn, tu sais que pour nous c'est merveilleux de te rencontrer. Que penses-tu de tes fans, partout dans le monde, qui t'écoutent et aiment ta musique ?

Jorn : C'est déjà une grande chance d'en avoir et depuis si longtemps. Je suis très reconnaissant, surtout que je travaille depuis de longues années. J'ai toujours voulu achever ce que j'entreprenais dans la musique et pour moi la routine n'est pas bonne, je n'aime pas la régularité, et j'adore expérimenter. C'est peut-être aussi pour cela qu'ils me sont fidèles.

Que penses-tu de ta carrière maintenant, si tu regardes en arrière en pensant notamment à Vagabond, The Snakes et aux autres groupes ?

Jorn : Quand je regarde en arrière, je me rends compte que c'était dur, surtout pour ce genre de musique. C'était une période fantastique, car c'était un peu hybride, car la qualité et la sensibilité avaient alors disparu et les faire renaître par la musique que nous défendons, c'était très difficile. C'était aussi une période où les groupes pouvaient se permettre de tenter quelque chose de différent. Nous ne voulions pas faire de la musique commerciale mais nous désirions tout de même être corrects. Pour décrocher des contrats, il fallait prouver quelque chose et signer dans une major était très difficile. Je n'avais pas souvent le choix, aussi je changeais fréquemment de groupe, par une sorte de soif de découvertes aussi, afin de progresser constamment.

Es-tu d'accord avec moi si je te dis que tu as à la fois changé et es resté le même dans ta façon de chanter ? Est-ce juste la mélodie qui te porte en avant ?

Jorn : Oui, bien sûr. J'ai expérimenté de nombreuses choses, petit à petit. Que ce soit dans le progressif ou dans le hard rock. C'est le prix à payer pour être un grand interprète, il me semble, pour apprendre la technique et s'améliorer sans cesse. Il y a bien sûr les progrès des techniques d'enregistrement et j'ai eu la chance de travailler avec de grands producteurs. C'est toujours difficile de trouver un compromis entre un son impeccable et un chant à la hauteur.

J'ai découvert ta voix sur le second album de ARK : ce fut un choc !!! Quelle est ta réaction si je te dis que tu es la Voix du hard rock ?

Jorn : Je suis très honoré, vraiment, de ta remarque. Mais je sais qu'il y a d'autres chanteurs formidables, heureusement. Ils sont aussi uniques en leur genre, dans l'expression de leur art. Cela dépend avant tout de la perception que l'on a de la musique. Je suis toujours émerveillé, comme un enfant, quand j'écoute de tels chanteurs, surtout en hard rock. Je me rappelle bien d'Uriah Heep qui ont marqué mon enfance dès l'âge de 5 ans. Je me suis identifié à eux à ce moment-là. On a toujours besoin d'exemples pour nous aider à avancer, à progresser, cela permet aux différentes générations de grandir.

Penses-tu que ta musique et tes compositions telles qu'elles sont élaborées dans " Out To Every Nation " sont bien meilleures que dans le précédent album " Worlchanger ", qui était déjà un grand album ?

Jorn : Je ne pense pas vraiment que ce soit meilleur, il est très différent surtout. J'ai essayé d'y apporter le meilleur de moi-même. Comme on grandit, on pense que pour certaines chansons c'est plus achevé. Cela correspond toujours à une tranche de vie, ce qui me fait dire que c'est forcément différent. La plupart des albums que j'ai sorti dans le passé auraient été différents aujourd'hui forcément, car quand on change comme moi de groupes si souvent, on expérimente tellement, que le regard que l'on porte sur son travail est toujours remis en question.

Quelle est ta façon de composer car tu es souvent sur la route avec tous les groupes et projets auxquels tu participes comme Millenium, Brazen Abbot, Masterplan ?

Jorn : En effet j'ai beaucoup appris au contact de ces musiciens tous différents, au style différent, aux origines différentes. Avec Millenium, c'est plutôt de la musique AOR américaine (avec des origines Kansas, Foreigner, Journey ou Survivor), même s'il y a des passages hard rock européen de temps en temps. Avec Masterplan, bien sûr, c'est du pur hard rock germanique, avec des passages heavy métal, aussi.


Es-tu content de venir en France et penses-tu qu'il est temps de jouer avec ton propre groupe, parce qu'après 3 albums, c'est possible, non ? As-tu prévu des concerts cet été ?

Jorn : Bien sûr que je le suis. De plus, nous avons planifié des concerts en Norvège cet été, notamment à Oslo. Et puis nous irons au festival " Classic Rock In Hell ". Je te précise que Hell est une petite ville de Norvège d'où la belle confusion, tu comprends. En effet, des panneaux fleurissent un peu partout pour annoncer ce festival et il y a même un panneau " Welcome to Hell ". Amusant, non ?.

Je considère que " Out On Every Nation " est un grand album non seulement par ta présence, ta voix mais aussi grâce à tes musiciens, car tu as su t'effacer pour les laisser s'exprimer. Racontes.

Jorn : C'est vrai, parce que je ne veux pas être l'homme unique de l'album, même s'il est sorti sous mon nom. La bonne musique, en hard rock est aussi l'affaire de tous dans un groupe. La pochette de l'album certes représente mon image mais c'est parce qu'il y a une vidéo incluse dans le cd. Mais je préfère surtout être associé au groupe, car je crois que c'est important de faire partie d'un groupe bien structuré. Pour " Out on every nation ", j'ai pris un réel plaisir à interpréter ces titres, mais lors des concerts futurs, je n'aurai sûrement pas la même attitude, la même façon de chanter, car en studio nous sommes tous axés vers la musique, le feeling et la performance. Nous avons davantage de temps pour corriger certains détails dans l'enregistrement, ce qui n'est pas le cas en concert où nous sommes emportés par le tourbillon de l'ambiance.

Je pense que tu veux réunir les peuples avec ta musique dans cet album, sous la même bannière de la mélodie même si chacun a un drapeau différent. Es-tu d'accord avec ce message ?

Jorn : Oui, bien sûr. Pour moi, c'est normal. Le concept est très intéressant, à tous les niveaux. C'est important de réunir tous les gens de pays différents avec des drapeaux différents sous la seul bannière de la musique, la mélodie. C'est aussi pour moi le premier album avec un concept aussi fort.

Penses-tu que ton but est la voix de l'espoir et le chant de la paix ?

Jorn : Oui, bien sûr. Car la guerre est malheureusement encore d'actualité. Nous avons différentes cultures et en regardant le monde vivre, on s'aperçoit qu'il faut à tout prix parler de paix et d'espoir, pour l'humanité tout entière. Je pense être de mon devoir d'exprimer ces concepts, très importants pour l'avenir, comme l'amour, la haine. Je suis aussi très attiré par l'univers tout entier et par l'espace. Je suis sûr que la vie existe ailleurs. Pour revenir sur terre, je voudrai que la capitalisme ne soit pas la seule alternative et que la situation évolue aussi pour ceux qui manquent de tout. Car tout le monde a droit à sa part de bonheur.

Quelle est ta perception de la musique hard rock ? Penses-tu que l'Allemagne est le pays le plus représentatif pour l'exprimer ?

Jorn : Je pense qu'il y a la place partout dans le monde pour le hard rock. En Scandinavie tout marche, le hard rock se développe partout à mon avis, en Europe. Dans le pays de l'est, notamment. En Allemagne, ils ont la culture pour cela, c'est pour cela que c'est une référence. Même en Amérique, c'est un challenge pour n'importe quel artiste, à cause du business. Il y a là-bas de grandes possibilités, les tournées durent longtemps. Il y a des salles magnifiques, comme le Madison Square Garden, avec 3.000 personnes. C'est toujours le rêve américain, même si la compétition est rude. Mais rassure-toi, je préfère rester en Europe, car je suis européen et c'est ma culture. Je m'y sens plus à l'aise, c'est plus chaud, plus humain. Je reste très attaché à mon pays et j'espère avoir du succès encore.

 

 


 

 



 

Photos prises au Corail on air (Marseillan).
Crédit photos : Nanou Campos